Bien nourrir un cheval ne se résume ni à choisir un bon foin ni à distribuer quelques granulés.
L’alimentation influence directement sa digestion, son énergie, son confort, sa locomotion, son moral et même la qualité de sa peau et de ses sabots.
Un cheval mal alimenté peut perdre de l’état, devenir nerveux, souffrir de coliques, développer des ulcères ou présenter des carences importantes.
Comprendre comment fonctionne son système digestif et adapter son régime alimentaire à sa physiologie est donc indispensable.
Dans cet article, vous trouverez les bases essentielles pour organiser une ration cohérente, saine et adaptée à votre compagnon, qu’il vive au pré, au box, qu’il soit au repos, au travail ou vieillissant.
La physiologie digestive du cheval : ce qu’il faut comprendre
Le système digestif du cheval est très différent de celui des ruminants.
Bien qu’herbivore, il ne possède qu’un seul estomac, de petite taille, conçu pour recevoir des petites quantités de nourriture en continu.
À l’état naturel, un cheval passe d’ailleurs 15 à 16 heures par jour à brouter.
Quelques points clés permettent de comprendre ses besoins :
- Un estomac réduit : il ne supporte pas de gros repas. Les prises alimentaires doivent être fractionnées.
- Un intestin grêle long et sensible : il digère mal les excès de céréales.
- Un gros intestin et un caecum riches en micro-organismes : ils dégradent les fibres et nécessitent une alimentation stable.
La flore digestive évolue lentement. Un changement de ration brutal peut entraîner douleurs, diarrhées et coliques. Toute modification doit donc se faire progressivement sur 7 à 10 jours.
Cette physiologie impose une règle simple : le cheval a besoin d’un apport constant en fibres, sous forme de fourrage, bien plus que de concentrés.
Dentition et mastication : un élément essentiel souvent négligé
Les dents du cheval poussent continuellement au fil de sa vie.
Elles s’usent lors de la mastication des fibres longues, ce qui assure leur forme et leur alignement naturel.
Une alimentation insuffisamment fibreuse ou trop riche en aliments mous peut entraîner des surdents, des douleurs, une mauvaise mastication et, à terme, des troubles digestifs.
Une alimentation équilibrée doit donc permettre :
- une mastication prolongée, nécessaire à l’usure naturelle des dents ;
- une salivation abondante, qui protège l’estomac ;
- un broyage efficace des fibres longues comme le foin.
Le contrôle dentaire par un professionnel est recommandé une fois par an, et plus souvent chez les chevaux âgés ou présentant une perte d’état, des refus de mors ou de la lenteur à manger.

Les grands types d’aliments pour le cheval
L’alimentation du cheval repose sur un principe fondamental : la fibre d’abord.
Les fourrages constituent la base de sa ration et doivent être disponibles en quantité suffisante, toute l’année.
Les concentrés, eux, ne viennent qu’en complément, lorsque les besoins énergétiques l’exigent réellement.
Les fourrages : l’élément central du régime
Les fourrages apportent les fibres indispensables à une digestion saine et à un comportement alimentaire naturel. Ils doivent représenter la majorité de la ration quotidienne.
- Foin : idéalement de première coupe, dépoussiéré, non moisi, non échauffé.
- Herbe pâturée : alimentation naturelle, mais variable selon la saison.
- Luzerne : riche en protéines et calcium, utile en complément pour les chevaux ayant des besoins accrus.
- Paille : peut être utilisée en fibre d’appoint, mais jamais en aliment principal.
Quantité recommandée : au moins 2 % du poids du cheval en foin par jour, soit 10 kg pour un cheval de 500 kg.
Les concentrés : seulement si nécessaire
Les concentrés regroupent les céréales et les aliments industriels (granulés, floconnés). Ils ont une densité énergétique élevée et doivent être distribués avec prudence.
- Céréales : avoine, orge, maïs.
- Granulés : mélange structuré, enrichi en vitamines et minéraux.
- Floconnés : aliments plus digestes, utiles pour certains profils.
Les chevaux au repos ou peu actifs n’ont généralement pas besoin de concentrés. Une surconsommation peut entraîner excitabilité, ulcères gastriques, coliques ou déséquilibres digestifs.
Friandises et compléments
Les chevaux apprécient les pommes, carottes, betteraves ou friandises naturelles. Ces aliments doivent rester occasionnels et distribués en petites quantités.
Les compléments minéraux, quant à eux, sont parfois nécessaires si le foin ou l’herbe ne couvrent pas suffisamment les besoins en minéraux et oligo-éléments.
Eau et sel : indispensables
- Eau propre et fraîche à volonté : un cheval boit entre 20 et 60 L par jour selon son activité et la température.
- Bloc de sel : en libre-service pour couvrir les besoins en sodium.

Comment constituer une ration équilibrée ?
Une ration équilibrée respecte les besoins naturels du cheval et s’adapte à son mode de vie, son poids, son âge et son niveau d’activité.
Le principe est simple : la fibre doit toujours représenter l'essentiel de la ration.
Répartition générale
- 70 à 100 % de la ration : fourrages.
- 0 à 30 % : concentrés, seulement si le travail ou l’état du cheval le justifie.
Quelques repères pratiques
- Cheval adulte au repos : fourrage à volonté, aucun concentré nécessaire dans la majorité des cas.
- Cheval de sport : fourrage + concentrés adaptés, distribués en 2 à 3 petits repas.
- Cheval âgé : fibres faciles à mâcher (foins tendres, luzerne déshydratée, mash).
- Cheval vivant au pré : ajuster selon la qualité et la quantité d’herbe disponible.
- Cheval vivant au box : fractionner les repas et fournir du fourrage en continu.
Exemple simple de ration
Pour un cheval de 500 kg vivant au box avec activité modérée :
- 10 à 12 kg de foin par jour.
- 1 à 2 litres de concentrés par repas, selon les besoins.
- Bloc de sel + eau en permanence.
Pour un cheval au pré :
- Herbe à volonté.
- Foin en complément si l’herbe est insuffisante.
- Peu ou pas de concentrés selon l’état corporel.
Transition alimentaire : la règle d’or
Le système digestif du cheval ne supporte pas les changements brusques.
La flore intestinale met du temps à s’adapter et un passage trop rapide à un nouvel aliment peut provoquer diarrhées, inconfort ou coliques.
La transition doit durer 7 à 10 jours :
- Jours 1 à 3 : 75 % ancienne ration, 25 % nouvelle ration.
- Jours 4 à 6 : 50 % ancienne, 50 % nouvelle.
- Jours 7 à 9 : 25 % ancienne, 75 % nouvelle.
- Jour 10 : 100 % nouvelle ration.
Surveiller l’état général pendant la transition est essentiel : appétit, crottins, comportement. Le moindre signe de trouble digestif doit conduire à ralentir le processus.

Erreurs fréquentes à éviter
Une grande partie des troubles digestifs du cheval provient de pratiques alimentaires inadaptées. Voici les erreurs les plus courantes, et comment les éviter.
- Donner trop de céréales : excès d’énergie, risques d’ulcères, coliques et excitabilité.
- Négliger les fibres : un manque de fourrage compromet la digestion et augmente le stress.
- Changer d’aliment brutalement : perturbation de la flore digestive, diarrhées, coliques.
- Distribuer un seul gros repas : l’estomac du cheval ne peut pas gérer d’importantes quantités d’un coup.
- Utiliser un foin poussiéreux ou moisi : risques respiratoires et digestifs majorés.
- Multiplier les friandises : déséquilibre alimentaire, risque de surpoids.
- Oublier l’eau : un défaut d'abreuvement entraîne une baisse de transit et favorise les impactions.
La règle d’or : moins de céréales, plus de fibres, plus de constance.
Adapter l’alimentation selon le profil du cheval
Tous les chevaux n’ont pas les mêmes besoins.
L’alimentation doit être personnalisée selon leur âge, leur activité, leur métabolisme et leur mode de vie.
Cheval au pré
- Herbe à volonté si la qualité est bonne.
- Foin en complément lors des périodes pauvres.
- Concentrés inutiles dans la majorité des cas.
- Surveillance du poids, surtout chez les races rustiques.
Cheval au box
- Foin en continu ou fractionné en plusieurs distributions.
- Granulés répartis en 2 ou 3 petits repas.
- Besoin de fibres supplémentaires à cause du manque de mouvement.
Cheval sportif
- Besoins énergétiques plus élevés.
- Ajout de concentrés ou d’aliments floconnés selon l’intensité du travail.
- Hydratation renforcée, apport en électrolytes.
Cheval âgé
- Fourrages plus faciles à mâcher (foin tendre, luzerne déshydratée, mash).
- Surveillance dentaire renforcée.
- Possibilité d’utiliser des aliments trempés.
Cheval en surpoids ou métaboliquement fragile
- Limiter l’accès à l’herbe riche.
- Foin rationné (2 % du poids), éventuellement préfané pauvre.
- Aucun concentré sauf complément minéral.

FAQ
Combien de foin un cheval doit-il manger par jour ?
En moyenne, un cheval doit consommer 2 % de son poids en foin par jour. Pour un cheval de 500 kg : environ 10 kg.
Mon cheval perd du poids : que faire ?
Augmenter progressivement le fourrage, vérifier les dents, la qualité du foin, la présence de parasites et compléter si besoin en luzerne ou granulés adaptés.
Dois-je donner des granulés tous les jours ?
Non. Les chevaux au repos ou vivant au pré n’en ont souvent pas besoin. Les concentrés servent principalement aux chevaux en travail ou nécessitant un apport énergétique complémentaire.
Peut-on donner de la luzerne quotidiennement ?
Oui, en quantités raisonnables. Très nutritive, elle convient bien aux chevaux ayant des besoins accrus, mais doit être équilibrée selon l’activité et l’état corporel.
Quels aliments sont dangereux pour un cheval ?
Le pain rassis en trop grande quantité, les aliments moisis, les plantes toxiques (comme la séneçon), l’herbe trop riche au printemps et certaines friandises très sucrées.
Conclusion
Bien nourrir un cheval, c’est respecter sa physiologie et ses besoins naturels : beaucoup de fibres, une alimentation continue, une transition progressive et une ration adaptée à son mode de vie.
Les fourrages sont la base de son bien-être, tandis que les concentrés ne viennent qu’en support lorsque c’est réellement nécessaire.
En ajustant la ration, en observant régulièrement l’état de votre cheval et en privilégiant des aliments de qualité, vous contribuez directement à sa santé, à son confort et à sa longévité.
Une alimentation cohérente, douce et naturelle fait partie intégrante du bien-être global de votre compagnon. C’est cette philosophie qui guide notre approche.
Pratique et durable





















