Quand la pluie s’installe et que la boue colle aux sabots, une odeur bien connue peut vite alerter : celle d’une fourchette qui pourrit.
Ce problème, fréquent chez les chevaux vivant au pré ou en box humide, peut paraître bénin… mais il mérite une vraie attention.
La pourriture de fourchette fragilise le pied, provoque de l’inconfort et peut, à terme, entraîner une sensibilité ou une boiterie si elle s’étend.
Heureusement, avec un peu d’observation et quelques soins réguliers, on peut éviter que la situation ne s’aggrave.
Voyons ensemble comment reconnaître, comprendre et surtout prévenir naturellement la pourriture des fourchettes.
Qu’est-ce que la pourriture de fourchettes ?
La pourriture de fourchettes est une dégradation du tissu corné situé sous le sabot, à l’arrière du pied.
Cette zone, naturellement souple et légèrement élastique, agit comme un amortisseur. Mais lorsqu’elle reste trop longtemps humide, elle se ramollit, se fissure et devient un terrain idéal pour les bactéries.
Les causes sont le plus souvent opportunistes : les micro-organismes profitent d’une mauvaise aération, d’un manque de nettoyage ou d’un excès d’humidité pour se développer. On distingue :
- la pourriture superficielle, qui dégage une odeur forte et rend la fourchette noire et molle ;
- la pourriture profonde, plus sérieuse, qui attaque les lacunes centrales et peut devenir douloureuse.
Ce n’est pas une maladie contagieuse : le problème vient surtout du milieu de vie et de l’hygiène du pied.
Les causes les plus fréquentes
Il est essentiel de comprendre pourquoi les fourchettes pourrissent pour agir efficacement.
Si l’humidité est souvent mise en cause, elle n’est pas seule responsable.
Trois facteurs principaux se combinent dans la majorité des cas.
L’excès d’humidité
C’est la cause la plus courante.
Les chevaux vivant dans des boxes mal paillés ou sur des sols gorgés d’eau sont les plus touchés. L’urine, la boue ou la pluie ramollissent la corne et étouffent la fourchette.
Le moyen le plus simple d’éviter cette macération est de maintenir les pieds propres et secs et d’appliquer régulièrement un soin protecteur hydrophobe, surtout en période humide.
La sédentarité
Un pied sain, c’est un pied qui travaille.
Chaque pas du cheval permet au paturon d’écraser légèrement la fourchette, favorisant la circulation sanguine et la régénération du tissu corné. Quand le cheval reste trop longtemps immobile, cette stimulation disparaît. La fourchette s’atrophie, perd de sa fonction et finit par nécroser.
La solution est simple : favoriser le mouvement. Laisser le cheval marcher librement au paddock autant que possible et curer les pieds chaque jour pour relancer la fonction naturelle.
La conformation du pied
C’est une cause souvent oubliée, mais bien réelle.
Certains chevaux ont des pieds dits « encastelés » : les talons se rapprochent, les quartiers se resserrent et la fourchette se retrouve coincée, comprimée et mal ventilée. Résultat : elle s’atrophie et pourrit, parfois toute l’année malgré des soins réguliers.
Dans ce cas, il faut agir sur la mécanique du pied : un parage adapté et des soins asséchants doux permettront de redonner de l’espace et de la fonction à la fourchette.
Comment reconnaître une fourchette pourrie ?
La pourriture de fourchette est souvent facile à identifier, à condition de prendre le temps de curer le pied correctement. Les signes les plus caractéristiques sont :
- Une odeur forte et désagréable dès le curage, souvent le premier signe d’alerte ;
- Une matière noire, molle ou pâteuse dans les sillons latéraux ou la lacune centrale ;
- Une fourchette creusée, irrégulière, parfois avec des zones fissurées ou détachées ;
- Une sensibilité au cure-pied : le cheval réagit ou retire la jambe ;
- Dans les cas plus avancés : lacune centrale profonde, humidité persistante, voire petite plaie suintante.
Si l’odeur est forte mais que le cheval ne montre aucune gêne, il s’agit souvent d’un stade léger, facilement réversible avec des soins réguliers.
En revanche, si la zone devient sensible, chaude ou douloureuse, il est préférable d’agir rapidement pour éviter que la pourriture ne progresse vers les tissus plus profonds.
La pourriture de fourchettes est-elle contagieuse ?
La pourriture de fourchettes n’est pas une maladie contagieuse.
Elle ne se transmet pas d’un cheval à l’autre, car elle n’est pas causée par un virus ou un parasite spécifique. Ce sont plutôt des bactéries opportunistes, naturellement présentes dans l’environnement, qui profitent d’un terrain humide et mal oxygéné pour se développer.
En revanche, un manque d’hygiène du matériel peut contribuer à entretenir le problème. Il est donc recommandé de :
- Nettoyer régulièrement les cure-pieds, brosses et seaux utilisés pour les soins ;
- Changer les cotons ou compresses à chaque application de produit ;
- Éviter de prêter le matériel entre chevaux, surtout si plusieurs sont atteints ;
- Assainir les zones de pansage et maintenir les litières propres et sèches.
Autrement dit, la pourriture ne “se transmet” pas, mais un environnement sale ou humide peut la faire apparaître chez plusieurs chevaux à la fois.
Les erreurs fréquentes à éviter
Face à une fourchette pourrie, beaucoup de cavaliers réagissent avec de bonnes intentions… mais de mauvaises pratiques.
Voici les erreurs les plus courantes, et comment les éviter :
- Tremper trop souvent les pieds : les bains répétés ramollissent la corne et aggravent le problème. Préférer un nettoyage ponctuel, suivi d’un séchage complet.
- Utiliser des désinfectants trop agressifs (eau de javel, produits alcoolisés) : ils brûlent les tissus sains et ralentissent la régénération. Mieux vaut des soins doux et assainissants naturels.
- Laisser du coton humide dans la lacune centrale : cela garde la zone fermée et favorise la macération. Si une mèche est nécessaire, elle doit être sèche et retirée chaque jour.
- Négliger le parage : une fourchette mal aérée (talons serrés, sillons profonds) garde l’humidité. Un parage régulier aide à ventiler et à faire “respirer” le pied.
- Travailler ou sortir sur terrain boueux sans séchage ensuite : la boue humide est le terrain idéal pour les bactéries responsables de la pourriture.
La clé est simple : nettoyer, sécher, protéger. Une approche douce et régulière donne de bien meilleurs résultats qu’un traitement brutal ou ponctuel.
Protocole de soins : comment traiter la pourriture de fourchettes
Soigner une pourriture de fourchette ne demande pas forcément de produits agressifs ou coûteux.
Ce qui compte, c’est la régularité et la bonne méthode.
Voici une approche simple et efficace, inspirée des pratiques de terrain.
1. Curage minutieux
Commencez par retirer soigneusement la boue, les débris et les tissus morts à l’aide d’un cure-pied et d’une brosse dure. L’objectif est de dégager les sillons latéraux et la lacune centrale sans blesser la fourchette. Un bon nettoyage permet au produit de soin de mieux agir ensuite.
2. Nettoyage doux
Rincez le pied à l’eau tiède ou avec un savon doux, puis essuyez immédiatement. Évitez les bains prolongés ou les désinfectants puissants : ils risquent d’assécher ou d’irriter la corne.
3. Séchage complet
Tamponnez avec une serviette propre, sans frotter. Si le temps le permet, laissez le cheval sur sol sec quelques minutes pour que le pied s’aère naturellement. Le séchage est une étape capitale : sans lui, le soin appliqué ensuite perdra son efficacité.
4. Application d’un soin assainissant et protecteur
Sur pied propre et sec, appliquez un soin naturel assainissant sur toute la fourchette, y compris les sillons. Les formules à base d’huiles végétales, d’argile, de propolis ou de goudron végétal créent un film hydrophobe tout en respectant les tissus sains. Ce type de soin aide à restaurer un équilibre sec et propre.
5. Aération du pied
Si le cheval vit au box, veillez à ce que la litière soit sèche et renouvelée fréquemment. Au pré, essayez d’offrir une zone plus sèche ou stabilisée où le cheval peut se tenir plusieurs heures par jour.
6. Fréquence et suivi
Appliquez le soin chaque jour pendant 3 à 5 jours, jusqu’à ce que l’odeur disparaisse et que la fourchette reprenne une texture ferme. Ensuite, espacez les applications à 2 ou 3 fois par semaine en entretien.
Astuce : en cas de doute, prenez une photo avant/après les soins. Cela aide à évaluer l’évolution et à repérer une éventuelle récidive.

Quand consulter un maréchal ou un vétérinaire ?
Dans la plupart des cas, la pourriture de fourchette se soigne très bien avec des gestes simples. Mais il est important de savoir quand demander de l’aide à un professionnel.
- Le maréchal-ferrant ou pareur : s’il y a une lacune centrale très profonde, une fourchette encastelée ou un pied mal équilibré. Un parage adapté est souvent la clé de la guérison durable.
- Le vétérinaire : si le cheval montre des signes de douleur, de boiterie, si la pourriture s’étend rapidement ou si un liquide épais/sanglant s’écoule de la lacune centrale.
Un diagnostic rapide permet d’éviter que la pourriture n’atteigne les structures internes du pied. En attendant, continuez les soins doux et gardez le pied le plus sec possible.
Prévention : les bons gestes pour éviter la récidive
Une fois la fourchette assainie, il faut maintenir de bonnes habitudes pour empêcher le retour du problème.
La prévention repose sur trois piliers : hygiène, aération et entretien régulier.
Côté hygiène
- Curage quotidien des pieds, même les jours sans travail.
- Nettoyage et séchage après chaque séance ou sortie sur terrain humide.
- Litière sèche, paddock drainé ou zone stabilisée autour des abris.
Côté entretien du pied
- Parage régulier pour maintenir une bonne ouverture des talons et éviter la compression de la fourchette.
- Surveiller la repousse et la texture : une fourchette ferme et élastique est signe de bonne santé.
- Appliquer, en prévention, un soin protecteur naturel une à deux fois par semaine pendant les périodes humides.
Côté environnement
- Assurer une zone sèche où le cheval peut se tenir chaque jour.
- Changer fréquemment la paille ou les copeaux si le cheval est au box.
- Éviter les guêtres ou cloches humides laissées en place trop longtemps.
Avec un entretien simple et constant, la fourchette garde son rôle naturel d’amortisseur et reste saine tout au long de l’année. Un pied bien entretenu, c’est un cheval plus confortable, plus stable et plus performant.
Cas particuliers
Certaines situations exigent des soins spécifiques.
Voici comment adapter votre routine selon les conditions de vie ou la morphologie du cheval.
Cheval au pré très boueux
Sur les terrains détrempés, il est difficile d’éviter totalement l’humidité. Aménagez si possible une zone stabilisée ou paillée où le cheval puisse se tenir au sec. Nettoyez et séchez les pieds chaque jour, puis appliquez un soin protecteur hydrophobe avant la remise au pré.
Cheval vivant en box
La litière doit être renouvelée fréquemment. L’urine et l’ammoniaque fragilisent la corne autant que la boue. Veillez à ce que le fond du box reste propre et sec, et que la litière ne soit pas tassée sous les talons.
Fourchette qui se décolle
Une fourchette qui se détache indique souvent une pourriture ancienne ou profonde. Dans ce cas, un parage adapté est indispensable pour éliminer les tissus morts et relancer une repousse saine. Poursuivez ensuite avec des soins assainissants et laissez le maréchal juger de l’évolution.
Chevaux ferrés ou pieds nus
Les chevaux ferrés ont parfois une fourchette moins stimulée, donc plus exposée à la macération. Leur entretien doit être plus régulier. Les chevaux pieds nus, eux, bénéficient d’une stimulation naturelle si leur environnement le permet : varier les sols (graviers fins, sable, sol sec) favorise la solidité de la corne et la santé du pied.
Hiver ou été : adapter les soins
En hiver, l’humidité favorise la macération : privilégiez les soins assainissants et protecteurs. En été, la chaleur peut assécher la corne : préférez alors des soins nourrissants et hydratants. L’objectif reste identique toute l’année : maintenir un pied équilibré, souple et sain.
Foire aux questions
Comment reconnaître une pourriture de fourchette ?
Une odeur forte, une matière noire et molle dans les sillons, et une sensibilité au curage sont les principaux signes. Si la lacune centrale devient profonde et douloureuse, il s’agit d’une atteinte avancée.
Comment traiter rapidement la pourriture ?
Nettoyez soigneusement, séchez complètement puis appliquez un soin assainissant doux chaque jour pendant plusieurs jours. Évitez les produits agressifs : la régularité est bien plus efficace qu’un traitement brutal.
Le vinaigre de cidre est-il efficace ?
Oui, s’il est dilué à parts égales avec de l’eau. Il aide à assainir la zone, mais ne doit jamais être utilisé pur, au risque d’irriter les tissus sains. À appliquer sur pied propre et bien sec uniquement.
L’argile peut-elle aider ?
Oui, utilisée en couche fine pour absorber l’humidité et apaiser la zone. Ne jamais enfermer la fourchette sous une épaisse couche d’argile humide : cela favorise la macération.
L’huile de cade est-elle recommandée ?
Elle peut être utile ponctuellement pour ses propriétés asséchantes et purifiantes. Toutefois, une utilisation excessive peut irriter la corne. Préférez les formules équilibrées où elle est associée à des huiles végétales douces.
La pourriture peut-elle rendre le cheval boiteux ?
Oui, si elle atteint les tissus profonds ou la lacune centrale. Une gêne à la marche, une chaleur inhabituelle ou une douleur au curage doivent alerter. Dans ce cas, il est préférable de consulter un maréchal ou un vétérinaire.
Comment prévenir la pourriture chez un cheval vivant au pré ?
Un curage quotidien, une zone stabilisée près de l’abreuvoir et une application préventive d’un soin protecteur une à deux fois par semaine suffisent souvent à éviter le problème, même en hiver.
Conclusion
La pourriture de fourchette est un problème fréquent, mais elle se maîtrise facilement avec des gestes simples et réguliers.
En comprenant ses causes, en entretenant les pieds et en adaptant les soins à la saison, il est possible de préserver durablement la santé du sabot.
L’humidité reste le principal facteur déclenchant, mais la prévention demeure la meilleure arme : curer, sécher, protéger.
Une routine douce et naturelle suffit souvent à éviter bien des complications.
Chez Karitale, nous croyons qu’un pied sain commence par un soin doux et respectueux de l’équilibre naturel du cheval.
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